Archives par étiquette : art & investissement

Celles qui inspirent !

D’après une idée originale de Sadek Rahim, Textes de Mamia Bretesché

Une maison en Méditerranée, à Oran

Cette maison dans laquelle se tient l’exposition, pensée par l’artiste contemporain Sadek Rahim, a été réhabilitée, restaurée par un amoureux de l’art pour rendre hommage à un des plus illustres styliste et créateur de mode du XXème siècle, Yves Saint Laurent.

Cet écrin dans une ville d’art et de culture, Wahran, Oran, devient le cœur palpitant de la création contemporaine, accueillant les œuvres de Oulhaci, Koraichi, Hasna Khadir, Ismail Beldjelalia, Dalila Dalléas Bouzar, Malak Salah, Djahida Houadef et bien d’autres.  

Mamia Bretesché, galeriste et Sadek Rahim, ont fait appel aux artistes algériens, aux amoureux de l’objet porteur d’histoire, ainsi qu’à des collectionneurs passionnés afin de défier le temps, les modes et parcourir ensemble une histoire commune, faire dialoguer de façon subtile et originale, peintures, sculptures, architecture avec une maison qui a vu naitre et grandir le styliste Yves Saint Laurent qui aimait à dire: « Notre monde était Oran, non pas Paris …pas Alger, pas cette ville métaphysique dépeinte par Camus……Oran, ville cosmopolite avec des gens de partout et d’ailleurs, dans un patchwork de couleurs sous le soleil de l’Afrique du nord. C’était un endroit pour être bien, et nous l’étions… » Yves Saint Laurent. 

Ce styliste génial a-t-il eu vent du souffle d’émancipation qui émanait de ces femmes, exhalant leur féminité, leurs désirs de liberté ? Pour Yves Saint Laurent, les observer dans leur quotidien, d’un balcon à l’autre, d’une terrasse à l’autre, d’un patio à l’autre, c’est entrer dans un milieu féminin dont l’homme est exclu et sur lequel il pose un regard bienveillant, sensible mais combien révolutionnaire.

Dans cette maison, au détour d’un couloir, nous verrons surgir les silhouettes de lumière, ces femmes majestueuses, reines d’un autre temps, habillées en volutes bleues, roses, en drapés fluides par le pinceau de l’artiste Oulhaci, et la peinture se fait légère, vaporeuse, comme un véritable hymne à la femme. 

De l’œuvre de l’artiste Oulhaci, aux portraits de femmes sur fond de dentelle, de l’artiste Hasna Khadir, on a sous les yeux une explosion de couleurs, de tissus variés, glanés auprès des femmes de son entourage, pour un hommage discret à nos femmes. Chez Hasna, l’usage du tissu, des étoffes est indissociable de la tenue vestimentaire de la femme algérienne, c’est ainsi qu’elle donne une seconde vie à ses fragments de mémoire.  

Sur une trame palimpseste, punique, numide, romaine, arabo andalouse, occidentale, les femmes ont donné à voir leur capacité à allier la beauté et la fluidité, la féminité et le labeur, dans un corps toujours en mouvement, exemple de ces femmes contraintes de bouger, de travailler pour nourrir leurs familles, pendant que les hommes étaient au combat (tableau de Dalila Dalléas Bouzar, guerre d’indépendance). Elles n’ont jamais cessé, de s’adapter, de s’allier le tissu comme seconde peau, outil de séduction mais aussi de protection. 

De la Kabylie, à Tlemcen, en passant par l’algérois et l’Oranie, il s’agit toujours de fluidité, de lumière, de couleurs. Un poète chante « Tlemcen, son eau, son air, le port du voile de ses femmes, je ne les trouve nulle part ailleurs. » 

Créer tout en étant inspiré par les femmes méditerranéennes, c’est capturer une vision, une certaine façon de vivre, une alchimie entre l’ancien et le moderne. Le style qui en naît est un dialogue constant entre le passé et le présent, incarnant à la fois le raffinement et l’absolu de liberté, un juste équilibre. 

Son credo était de souligner le geste, le mouvement chez toutes les femmes, quel que soit leur rang social, qu’elles s’appellent « Violetta, Danielle, Mounia, Khadija ou Iman… » habillées de nos caracos et de mousseline, caraco dont il fit un élément phare de ses collections. 

Chez les artistes sélectionnés pour cette exposition la palette est puisée dans les paysages : le noir sublime du ciel étoilé, le blanc de l’écume, l’ocre et la terre cuite, le bleu profond de la mer, le vert-argent des oliviers et cette lumière dorée des longs couchers de soleil, de quoi inspirer les nouvelles générations dont les détails font toute la différence : chez nos stylistes, les emmanchures sont généreuses, les bordures contrastées, les imprimés subtils inspirés de souvenirs, de contes, de tableaux historiques de nos riches musées, Cherchell, Musée Zabana, Musée d’Alger et de Tlemcen. 

Au-delà de l’esthétique, nos artistes, dont les œuvres sont exposées véhiculent une philosophie, ils évoquent ces moments suspendus à l’ombre d’un figuier, d’un olivier à la tombée du jour, pure évocation d’ombres passagères sur une toile à la palette voluptueuse. Ils reflètent cet art de vivre, où le vêtement se vit, pour nous accompagner dans notre quotidien, qu’il soit urbain ou rural, avec une même élégance décomplexée, qu’il s’agisse de forme ou de fond.

L’esprit méditerranéen de nos artistes, fait écho à cette maison : entre luxe et simplicité, entre mémoire et modernité. 

Textes : Mamia Bretesché Ghaouel

Scénographie : Sadek RAHIM 

« Displaced / Undisplaced »  

Pour une scénographie qui interroge, qui sort des contraintes disciplinaires et canoniques afin de (re)penser les fondamentaux de la mise en valeur des objets, dans le but d’une appréhension des espaces, en l’occurrence, cette maison qui a ricoché sur des couches de plusieurs années de souvenirs, cependant l’oubli ne l’a jamais égratignée, grâce à la persévérance d’un amoureux de l’art et du patrimoine. 

« Accrocher »  « décrocher » des œuvres d’Art dans un espace n’est pas anodin, c’est la relation de l’objet et son sujet dont il est question, il ne suffit pas de collecter, d’estampiller un objet « Artefact », encore faut-il répondre à la question « Pourquoi ici et maintenant » ?

A cette question, cette scénographie au concept unique, y répond en toute humilité, elle vise à réunir l’expérience de la connivence et l’approbation du spectateur de façon bienveillante, car selon le scénographe Sadek Rahim, cela favorise le  «sentiment dynamique d’échanges » par une expérience partagée de l’art contemporain dans des contextes sociaux, non limités aux spécificités habituelles des espaces, mais plutôt incluant des maisons privées, chargées d’histoire(s). 

Sadek Rahim offre une réflexion à la fois profonde et accessible sur les pratiques « d’accrochage » en proposant de nouvelles formes de présentation* avec en filigrane, donner à voir la circulation des œuvres, de l’information dans le temps et dans l’espace et le déplacement des hommes, « l’échange de places » entre le sujet, l’objet et son propriétaire en quelque sorte,  dans le réel et le temps, une temporalité non neutralisée. 

Ce concept de scénographie, multiple*, hybride*, multipliable*, périphérique*, souligne la diversité des propositions de présentation, hors des musées, galeries ou autres espaces dédiés, ce qui inclut visiblement le croisement des disciplines diverses et des pratiques variées pour une expérience partagée.

Ce qui nous fascine, c’est cette relation existante entre les objets, le temps et l’espace. Montrer, exposer, dans ce lieu mythique, c’est explorer, ensemble, une autre façon de concevoir, de vivre et de ressentir ce qui nous entoure, ce que nous habitons, et les objets qui nous habitent. 

Textes : Mamia Bretesché Ghaouel

Scénographie : Sadek RAHIM  

*Dubaï 1st Contemporary Art Biennal 2010. Video’appart, Walls in and Out. Mamia Bretesché.